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Conscience féminine & EcoThérapie : Réflexions sur la Présence de la Déesse et du Sacré dans la Cité


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Hécate et le cycle vie/mort/vie

 

Le sacré, le Saint et le laid

 

Une gare en France. Je suis devant une borne libre-service et prends mon billet pour préparer mon voyage. À côté de moi, un homme échevelé prend également un billet sur une autre borne. Il mange un croissant et gesticule dans tous les sens. Comme il parle en même temps qu’il vocifère ses propos, il offre des morceaux de viennoiserie à l’air environnant. Il parle autant à la machine qu’à des invités invisibles. Le sol reçoit ses offrandes de nourriture. Une vieille femme près de moi demande : « Que fait-il ? Il donne à manger à des fantômes ? »

 

Je souris, mais derrière mon sourire, il y a de l’irritation et de la crainte, un désir de partir. C’est comme si j’étais dans un rêve où des évènements étranges se déroulent. Mais dans mon cœur, une voix dit, « Reste avec ça, écoute, ce que tu vois est sacré. » 

Mais qu’y a-t-il de si sacré chez un lunatique nourrissant les ondes de l’air avec des morceaux de croissants et parlant aux fantômes comme s’il les récriminait de quelque chose. Cette voix me dit encore : « Il est une des parties de toi que tu crains le plus. »

 

Dans le train, je prends conscience que je suis confuse sur le sens de ce qui est saint ou sacré. J’ai été le témoin d’une scène qui semblait plutôt être une profanation du sacré ; pourtant une voix en moi me disait que cet homme était saint.

 

En y réfléchissant, je décidai de regarder les définitions des mots « saint » et « sacré. » Le mot « saint » vient du latin sanctus qui veut dire pur, souverainement parfait, bienheureux... et vient également de sancire qui veut dire « vouer aux Dieux », vénéré, inspiré par l’amour de Dieu...

Le terme « sacré » vient du latin sacrer qui signifie ce qui concerne la religion ou qui a pour objet le culte des dieux, ce qui est vénéré, fameux. 

 

Les deux termes renvoient à ce qui est consacré au service ou à l ‘adoration d’une déité. Bien sûr, ils renvoient tous deux également par opposition à ce qui est profane, ce qui était le cas de la situation rencontré, l’homme au croissant vociférant.

 

Dans le cours de ma réflexion, j’ai mis en doute mon attachement à l’état de sainteté comme ayant à voir avec quelque chose de beau. Je n’avais jamais considéré que l’état de sainteté puisse inclure le côté plus obscur de la vie, ou ce que nous considérons comme « laid » ou déviant. Je ne pouvais que remarquer que ma pensée conditionnée était duelle. Mon paradigme culturel était construit sur une vision exclusive, ce que nous apprend la culture occidentale.

 

Nous avons été habitué.e.s à croire qu’il y a des pensées ou croyances vraies et d’autres qui ne le sont pas, qu’il y a le bon et le mauvais, la beauté et la laideur. Nous sommes domestiqués à croire qu’il vaut mieux avoir raison, être bon et beau. Nous avons peur et généralement haïssons ce que la société considère comme faux, mauvais et laid. Tous ces termes sont le reflet d’une réalité socialement construite et partagée, et pourtant nous les utilisons comme s’ils reflétaient Une Vérité Absolue.

 

La Déesse dans la cité et le cycle de Vie/Mort/Renaissance

 

De par mes études en Ethnologie, des formations et une longue pratique en Psychothérapie intégrative et initiatique, j’envisage la vie comme un processus continu dont toutes les polarités sont réconciliées, à savoir dans un dialogue permanent. 

La notion de cycle est ici fondamentale. La Nature nous initie aux trois visages de la Déesse. Chacun de ces aspects se retrouve dans le cycle naturel de la vie, mort, renaissance.

 

En Occident, elles se nomment Artémis (la créatrice), Séléné (la préservatrice), Hécate (la destructrice). En Inde, Elle est Shakti, Karuna, Kali. 

L’esprit de la déesse, tel que son message nous parvient aujourd’hui par l’étude des mythes, crée, préserve et détruit. Sa danse est mouvement et changement.

 

La Déesse vit dans la cité aujourd’hui. Elle y est présente dans toutes ses manifestations. Cependant, nous avons du mal à considérer son aspect destructeur en tant qu’Hécate. Nous craignons les présents qu’Hécate, alias Kali, nous fait : le vieillissement, la détérioration, la dégénérescence et la mort, alors qu’elle est l’alchimiste qui connaît et trouve les graines d’une nouvelle vie dans le compost des formes qui se désagrègent. Nous en avons peur et nous la fuyons. Ce faisant, nous nous rendons aveugles à ce qu’il y a de sacré en elle.

 

Hécate ou L’Épée de Kali en la Présence de Tokyo

 

Tous les matins pendant des années, mes enfants et moi-même sur le chemin de l’école croisions un mendiant, Tokyo. Tout ce qui lui appartenait était autour de lui : des couvertures sales, des sacs, des conserves, des bouteilles, des journaux et un petit transistor qui jouait du rock. Il vivait dans la saleté et l’alcoolisme et nous interpellait à tue-tête. Toutes ces années, je voyais les yeux des gens se détourner de lui quand ils l’approchaient. 

 

Au début, je faisais de même jusqu’à ce que je m’arrête et échange quelques mots quotidiennement avec lui. Il était la plupart du temps agréable et souriant, le regard hagard et flottant. Quand je le voyais, j’étais triste. Je pensais qu’Il ne devait pas vivre comme ça.  Et je pensais cela parce qu’il me rappelait la nature instable de la vie, alors même que nous sommes éduqués à construire de la sécurité. Il était l’incarnation de mes peurs les plus profondes, l’isolement et la maladie, voire la mort imminente.

 

Cet homme, à la réflexion, était encore une incarnation d’Hécate/Kali. Il restait assis sur sa couverture et m’amenait à questionner ma vie.   Il a été un catalyseur de changement. Le jour où je ne l’ai plus vu et où l’on m’a dit qu’il avait été emmené par les urgences, il me forçat radicalement à faire face au spectre de la mort à la fois du fait de sa disparition qui résonna en moi comme une perte, puis en tant que mort de l’ego et mort physique.

 

Il m’a rappelé qu’il y a deux visages de la vie qui relèvent du profane et de la sainteté, du sacré et de la malédiction. Comme l’homme au croissant, Tokyo m’a forcée sur le long terme, chaque fois que je le croisais ici à regarder mes attachements, ma quête de sécurité, mes illusions et les exclusions qui me constituaient. Et la vie qui s’en va… en l’absence de ce saint homme…L’Epée de Kali sur chacune de nos têtes.

 

Hécate et la femme au chignon

 

Quand je vais en ville et marche le long de la Cathédrale, je vois souvent cette femme, petite et belle, revêtue d’un grand manteau, les cheveux grisonnants rassemblés en un chignon. Elle semble habitée à cet endroit même si je ne l’y croise pas à chaque fois. Elle se parle à elle-même ou reste silencieuse. Elle communique pour demander quelques pièces, une cigarette. Elle est assise sur un muret, toujours au même endroit. Elle semble attendre... Elle agace les gens parce que c’est une mendiante dotée d’une certaine prestance ou d’un certain romantisme. Il y a là un paradoxe. La prestance, comme la beauté, est la voie royale de la réussite en termes d’attendus culturels.

 

Elle ne s’habille pas et ne fait pas son chignon pour un plan de carrière précis dans quelque entreprise dirigée par des hommes la plupart du temps. Elle ne répond pas au diktat de la société qui dit qu’elle devrait utiliser sa prestance, son élégance pour séduire les hommes. Elle n’est pas concernée par tout cela.

 

En cela, elle aussi est un aspect de Kali/Hécate. Elle m’oblige à regarder à mes croyances sur la beauté et la laideur. Elle me pousse à me questionner sur la façon dont mon corps devient l’objet d’une quête de séduction pour répondre aux attendus de la relation homme/femme. Avec l’Epée de Kali, elle tranche dans le cœur de ma vanité et exige, si je le veux bien, que questionne mon attachement à mon corps et sa représentation vers  un au-delà de la dualité beauté/laideur.

 

Hécate, Kali et la Mort

 

Notre société est terrifiée par la mort. Nous faisons tout ce que nous pouvons pour nous distraire de notre peur de mourir. Et nous y consacrons beaucoup d’énergie, obsédé.e.s par le contrôle car nous savons que quoi que nous fassions, nous ne pourrons pas éviter la mort.

 

Le principe archétypal Hécate/Kali est présent dans la cité pour nous rappeler que la mort est une partie essentielle de la vie. Dans toutes ces manifestations, La Déesse noire nous confronte à la mort de ce qui est vieux/obsolète. Elle nous rappelle que le changement est inévitable. Il n’y a nulle part de sécurité ou d’assurances contre la mort. Hécate/Kali détruit toutes les armes que nous utilisons pour combattre le changement et résister.

 

Ces saints, l’homme au croissant, Tokyo, la femme au chignon nous confrontent, nous demandent de nous réveiller et regarder les yeux dans les yeux la danse de la vie et de la mort. 

 

Dans les centres urbains, Hécate/Kali nous initie à la guérison de nous-mêmes quand nous réunissons les cycles de la nature, quand nous redevenons entiers. Elle nous montre que ce que nous haïssons le plus dans la réalité extérieure : isolement, insécurité perte de contrôle, pauvreté, maladie, mort...ne sont que les ombres et les démons de ces aspects de nos mondes intérieurs qui sont dirigés et cachés par notre ego. Or l’ego, celui qui a peur et se protège, est celui qui nous sépare de l’Être, de notre être, de la Nature, de l’Esprit de la Déesse. L’ego, c’est la peur, et donc, c’est aussi le besoin de contrôler et de dominer, la vanité, l’insécurité, la pensée duelle, un matérialisme excessif et le besoin pathologique de se placer au-delà des lois de la nature.

 

Hécate/Kali détruit l’ego. Ce faisant, elle nous ouvre à ce que nous sommes vraiment, au cœur de la cité, de la matière, là où nous vivons, les yeux ouverts sur la réalité de la vie. Elle veut que nous soyons UN avec la Nature et ses cycles. Elle nous enseigne que nous nous guérissons quand nous acceptons et nous unissons avec les cycles de la nature.

 

Au cœur de la cité, la nature est présente. Les gens sont des saints. La terre est sacrée. Ainsi, La Déesse danse au cœur du béton et des détritus, nous embrassant tous, nous montrant ce chemin si exigeant de la communion avec la nature et les cycles de la vie.

 

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Révélation du potentiel de chacun
" On ne peut rien apprendre à l'Homme. On ne peut que l'aider à découvrir ce qu'il recèle"