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Mystères d'Éleusis : Rituels de mort et de passage - Opus 2

03/04/2020

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Perséphone et Démeter et les expériences vie/mort/vie 

Opus 2 Mystères d'Eleusis : Rites de mort et de passage

 

 

 

 

Le mythe de Déméter et de Perséphone illustre les expériences de la vie qui depuis l’aube de l’humanité sont restées les plus mystérieuses : la naissance, la sexualité, la mort ainsi que le plus grand mystère de tous, l’amour.

 

Les rituels de mort et de passage

 

Bien qu’Hadès fut le Seigneur du monde souterrain et que son monde était celui des ombres, ce fut Perséphone, reine des Enfers, que le peuple priait pour recevoir une guidance dans leur voyage vers la mort. La croyance des peuples anciens en la résurrection de la vie était particulièrement en lien avec leur expérience de la nature et de l’amour. L’union de la fille et de la mère-déesse dans ce mythe est probablement le symbole du retour de l’âme, après la mort du corps, à son origine universelle ou source d’amour. 

 

Les secrets des mystères ne sont pas connus précisément. Le poète dit de ces rites dans l’Hymne à Déméter, « le don essentiel des cérémonies, aucun homme ne peut les décrire ou en parler. Béni est-il celui des hommes sur terre qui a pu les contempler. » 

 

Dans la période classique athénienne et plus tard, ces rites avaient lieu en automne au moment de l’équinoxe et duraient neuf jours, le temps que Déméter passa à chercher sa fille enlevée.   Toutes guerres cessaient alors pendant 2 mois et aucune transaction légale ne devait être organisée ou conduite pendant les 9 jours que duraient les rites. 

 

Au début des festivités, les prêtresses de Déméter portaient leurs objets sacrés dans des paniers sur leur tête en partant de leur temple à Éleusis tout le long du chemin sacré, jonché de fleurs et de fruits au temple d’Éleusis au pied de l’Acropole. L’ouverture des festivités se faisait par le hiérophante. Le grand prêtre qui invitait ceux qui avaient été initiés au printemps précédent aux mystères mineurs pour qu’ils soient initiés à l’automne aux mystères majeur 

 

Le 2ème jour, les initiés devaient aller se baigner dans la mer et se purifier dans l’eau salée de la Mer Égée. 

 

Le 3ème jour était dédié aux cérémonies et prières. 

 

Le 4ème était consacré à Aesclepius, le dieu de la guérison. C’était une journée pour plus de prières et pour la formulation des rêves de guérison. S’y déroulait un rituel d’identification à Déméter et à sa terrible et terrifiante peine face à la disparition de sa fille. 

Le cinquième jour, les initiés et la communauté se mettaient en route vers Éleusis, portant en tête de la procession l’enfant « Iacchos, un des visages de Dionysios » En fin de journée, ils se baignaient et se rafraîchissaient dans les eux dédiées aux abords d’Éleusis avant de se rassembler à la lumière des torches pour des rituels collectifs. Ce rituel de révélation qui durait toute la nuit incluait des danses de femmes, près du Puits des Danses justes. Selon Euripide, toute la nature répondait à cette danse des femmes, l’éther, les étoiles, la lune, les 50 filles de Nérée dans la mer et les tourbillons dans les cours d’eau pour honorer les deux déesses. Les anciens pensaient et croyaient que si ce rituel disparaissait, le cosmos se démembrerait. 

Le 6ème jour, les initiés entraient sur le sol sacré du sanctuaire de Déméter un à un, traversaient un pont alors que les citoyens les ridiculisaient dévoilant les secrets bien gardés des initiés. Ceci avait pour but de débarrasser les initiés de quelques restes de leur moi-égo qui pouvaient les empêcher de s’ouvrir à l’illumination des mystères. 

Le jour suivant était un jour de préparation, de repos, de purification, jeûne et sacrifice. Se rendre « saint » à la déesse ce qui pouvait encore empêcher le voyage de l’âme sur le chemin. 

Les septième et huitième nuits étaient consacrées aux mystères eux-mêmes quand les initiés entraient dans le Telesterion, le temple de Déméter, le lieu de l’initiation, (dans les temples plus anciens, une caverne qui n’allait pas sans ressembler à un utérus, une grotte au bord du sanctuaire, qui fut plus tard appelé Plutonion, symbolisant l’accès au monde de l’Hadès. Pendant ces deux nuits, les initiés recevaient l’expérience et l’essence des Mystères. Aucune croyance spécifique n’était requise. Les rites consistaient probablement en une communion autour de fruits, une dramatisation du Mythe de Déméter et Perséphone, un chant de l’hymne à Démeter qui relatait l’histoire des deux déesses en la présence d’objets sacrés personnalisant les forces fertiles de la nature (blé, organes sexuels,...). Le seul détail connu est qu’à un moment de leur initiation, les initiés étaient les témoins d’un grand feu. Sans aucun doute, les prières et l’approche des initiés les aidaient à clarifier leur vision intérieure. Il est rapporté dans les écrits que les initiés faisaient l’expérience de visions spéciales après avoir ‘ouvert leurs yeux’. Pendant l’initiation, les initiés ont pu être enlevés dans le monde du dessous, se souvenant là, de ce qu’ils avaient perdu dans la maladie, la douleur, la mort, se souvenant aussi de souffrances stockées dans le subconscient ou en lien avec l’inconscient collectif, pouvant ressentir un chagrin débordant pour enfin exprimer et ressentir une guérison, puis l’étreinte joyeuse de l’union sacré et intime et l’avènement d’une vie renouvelée. Les initiés faisaient peut-être aussi l’expérience de visions de la Déesse, l’une ou l’autre, de la réunion de la mère et l’enfant, de la nature essentielle, de la vie et de la mort. Il se peut aussi que l’expérience ait été celle d’une vision d’un vaste amour, mais aussi l’expérience du mourir et du renaître dans un flux continu au-delà du connu. Les initiés émergeaient de l’obscurité à l’aube au moment où le soleil se levait... L’expérience central des mystères n’a jamais été révélée, probablement parce que le vécu mystique en lui-même était ineffable au-delà de ce que les mots pouvaient exprimer. 

Le 9ème jour était consacré aux prières, aux libations, aux morts, au retour chez soi. 

 

Pindar (518-438 BC) a écrit : « Heureux est celui qui a vu les mystères, il connaît la source et la fin de vie. Cicéron, initié du 1er siècle avant JC écrivit que si la Grèce avait un objet, c’était celui d’avoir mis à jour ou révélé les mystères d’Éleusis. Aussi, nous pouvons interpréter les mystères d’Éleusis comme un mythe de notre temps. La transmission du voyage d’âme transcende époques, lieux, âge, genres, etc...

 

Il s’agirait ici de nous souvenir d’une époque centrée sur le féminin comme socle, suivi d’une séparation, d’un enlèvement, du déclin et de la mort d’un ancien mode de vie, auquel a succédé une nouvelle époque, patriarcale, une époque qui nous amène à aujourd’hui à nous tenir entre la paix et l’épée, l’homicide écologique ou la survie d’un ancien monde vers un nouveau monde basé sur de nouvelles valeurs. 

 

Le renouveau auquel nous pouvons aspirer résiderait dans le retour d’un sentiment de révérence pour la planète Terre, vaisseau accueillant et forces abondantes, l’affirmation d’une sexualité sacrée fondée sur l’engagement, l’amour et la liberté redéfinie et la croyance en l’inévitabilité de la mort et l’immortalité de l’âme.

 

Danser le cycle naturel vie/mort/renaissance avec Démeter, Perséphone et Hadès

 

 

 

 

 

 

Révélation du potentiel de chacun
" On ne peut rien apprendre à l'Homme. On ne peut que l'aider à découvrir ce qu'il recèle"